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A l'inverse des marchés d'actions en Zone Euro, la monnaie unique, une fois n'est pas coutume, rebondissait franchement face au Dollar, avec l'appui d'une hausse bien plus forte qu'anticipé de l'indice ZEW allemand. Par ailleurs, comme nous l'expliquions hier, la guerre commerciale qui connait depuis samedi un regain de vigueur constitue un catalyseur paradoxal pour la devise commune. Enfin, la perspective de voir la France adopter un budget est une source de soulagement.
Concernant le ZEW, l'indice de confiance dans l'économie allemande, la première de la Zone Euro, a bondi de près de 15 points à 59,6, dépassant très largement des attentes déjà optimistes.
"Malgré l'annonce de nouveaux droits de douane par les États-Unis le week-end dernier, les industries tournées vers l'exportation connaissent, dans certains cas, des améliorations significatives. En particulier, les balances de la sidérurgie et de la métallurgie, ainsi que celles de la construction mécanique, ont progressé respectivement de 18,2 et 22,7 points. La balance de l'industrie automobile a augmenté de 16,5 points pour s'établir à -5,5 points. Les balances des industries chimiques et pharmaceutiques et de la construction électrique se sont également améliorées, respectivement de 12,4 et 14,0 points", a détaillé Achim Wambach, Président de l'institut éponyme.
Sur le volet géopolitique, l'interprétation de la dynamique sur les changes est celle-ci: les intermédiaires de marché s'attendent à ce que les menaces de Donald Trump renforcent le bloc européen et redoutent qu'elles malmènent les obligations américaines.
"Les États-Unis ont une faiblesse majeure : ils dépendent des autres pour payer leurs factures via d'importants déficits extérieurs. L'Europe, en revanche, est le plus grand prêteur des États-Unis : les pays européens détiennent 8 000 milliards de dollars d'obligations et d'actions américaines, soit près de deux fois plus que le reste du monde réuni", rappelle George Saravelos, de Deutsche Bank.
"Dans un contexte où la stabilité géoéconomique de l'alliance occidentale est remise en cause de manière existentielle, on ne voit pas clairement pourquoi les Européens seraient disposés à jouer ce rôle", ajoute l'expert devises de la banque allemande.
Pour rappel et contextualisation, Donald Trump a annoncé ce samedi 17 janvier de nouveaux droits de douane à la France et sept autres pays européens "jusqu'à la vente totale du Groenland". Ces droits de 10% seront mis en place à partir du 1er février pour la France, le Danemark, la Finlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, l'Allemagne et la Norvège. "Le 1er juin 2026, les droits de douane seront portés à 25 %" et ils s'appliqueront "jusqu'à ce qu'un accord soit conclu pour la vente complète et intégrale du Groenland", a-t-il affirmé.
Emmanuel Macron a durci le ton. D'après les informations communiquées par son entourage à BFMTV, le président de la République va demander, au nom de la France, l'activation de l'instrument anti-coercition de l'Union européenne. Surnommé "bazooka commercial", l'instrument anti-coercition (ACI) est avant tout d'une arme "de dissuasion" visant à contraindre les pays tiers à régler les conflits commerciaux par la négociation. Sa mise en œuvre requiert la majorité qualifiée des pays de l'Union européenne. Si tel est le cas, alors il permet, notamment, le gel de l'accès aux marchés publics européens ou le blocage de certains investissements.
Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM y voit "le retour de la menace protectionnisme de la part des États-Unis afin de faire plier leurs alliés de l'OTAN sur le cas épineux du Groenland. Dans la foulée, une réunion d'urgence de l'UE est prévue aujourd'hui. L'approche devrait être défensive tout en laissant la porte ouverte à des négociations. Nous nous attendons à ce que les Européens menacent de revenir sur l'accord commercial UE-USA dont la ratification était déjà mal engagée avant les événements du week-end au Parlement européen."
Dernier développement en date, le président américain a menacé la France de relever de 200% les droits de douane et de champagne, face au refus d'Emmanuel Macron de donner suite à la proposition de la Maison Blanche de créer un "Conseil de la Paix", dont le premier président à vie sera... D Trump himself !
"Il est évident que l'issue de cette nouvelle crise provoquée par les Etats-Unis est difficile à déterminer à ce stade. Néanmoins, il est clair que cela crée énormément d'incertitude et nuit à l'expansion économique des deux côtés de l'Atlantique. Le risque de voir l'OTAN se défaire, après 77 ans d'existence, serait une nouvelle étape dans le démantèlement du monde construit après la seconde guerre mondiale entraînant avec lui des tensions nouvelles à l'horizon", ont réagi les stratégistes et économistes de LBPAM.
Enfin, la perspective d'un accouchement, même aux forceps, d'un budget pour la France, soulage l'Euro. Le premier Ministre a annoncé à l'issue du Conseil des Ministres, exceptionnellement tenu lundi, son intention, et non sa volonté, d'utiliser l'outil constitutionnel du "49.3" pour faire enfin adopter le budget national, en mettant en jeu la responsabilité de son gouvernement. Les probabilités de chute de "Lecornu 2" sont toutefois faibles à ce stade, en raison de la très probable abstention des députés socialistes lors du vote de censure.
"On n'a pas encore vu la copie finale, mais de ce que je comprends, de ce que nous dit le Premier ministre, effectivement, (les) conditions (d'une non-censure) seront remplies. "Donc nous ne censurons pas le gouvernement.", a affirmé Olivier Faure au micro de France Inter.
Cette semaine, nous assisterons également à un chamboulement des ordres du jour à Davos, commune suisse où se tient annuellement le forum économique mondial, réunissant milliardaires, grands patrons et décideurs politiques, les trois profils pouvant allègrement se recouper, au demeurant... Trump s'apprête à y faire une démonstration de force inédite, et l'occasion sera franche, en particulier pour la Présidente de la BCE, de "répondre" aux hostilités du Président aux visées impérialistes, qui s'exprimera quelques heures avant.
A la mi-journée sur le marché des changes, l'Euro se traitait contre 1,1710$ environ.
ELEMENTS GRAPHIQUES CLES
Nous reprenons nos positions acheteuses sur la paire de devises Euro / Dollar après le franc rebond de ce début de semaine sur la moyenne mobile à 200 jours (en marron).
PREVISION MOYEN TERME
Au regard des facteurs graphiques clés que nous avons mentionnés, notre avis est positif à moyen terme sur la parité Euro Dollar (EURUSD).
Notre point d'entrée est à 1.1738 USD. L'objectif de cours de notre scénario haussier se situe à 1.2213 USD. Pour préserver le capital engagé, nous vous conseillons de positionner un stop de protection à 1.1607 USD.
L'espérance de rentabilité de cette stratégie Forex est de 475 pips et le risque de perte s'établit à 131 pips.
Le conseil BFM Bourse
GRAPHIQUE EN DONNEES QUOTIDIENNES
