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L'Euro parvenait à conserver ses gains engrangés contre intuitivement lundi et mardi, au sortir d'un weekend marqué par de nouvelles menaces douanières de Trump contre les pays européens s'opposant à sa volonté d'annexer le Groenland. La séquence se poursuit ce mercredi, alors que le Président américain vient d'arriver à Davos pour le forum économique. Il s'y exprimera dans l'après-midi. La Présidente de la BCE s'exprimera pour sa part en fin d'après-midi.
Ce "duel à Davos-Town" n'est clairement pas du goût des marchés, puisque les marchés actions, de part et d'autre de l'Atlantique, dévissent. L'Euro fait exception, et l'explication est claire: les intermédiaires de marché s'attendent à ce que les menaces de Donald Trump renforcent le bloc européen et redoutent qu'elles malmènent les obligations américaines. Résultat, le VIX, l'indice de la peur passe la barre des 20 points tandis que l'Euro se redresse, ce qui est inhabituel.
"Les États-Unis ont une faiblesse majeure : ils dépendent des autres pour payer leurs factures via d'importants déficits extérieurs. L'Europe, en revanche, est le plus grand prêteur des États-Unis : les pays européens détiennent 8 000 milliards de dollars d'obligations et d'actions américaines, soit près de deux fois plus que le reste du monde réuni", rappelle George Saravelos, de Deutsche Bank. "Dans un contexte où la stabilité géoéconomique de l'alliance occidentale est remise en cause de manière existentielle, on ne voit pas clairement pourquoi les Européens seraient disposés à jouer ce rôle", ajoute l'expert devises de la banque allemande.
L'Union Européenne en aurait elle assez de courber l'échine ? C'est en tous cas clairement le sens de la menace brandie par E Macron de proposer l'utilisation d'un outil anti-coercition, un "bazooka" commercial jamais utilisé jusqu'ici par Bruxelles. Une arme conçue pour être dégainée quand tous les recours diplomatiques ont échoués.
"Dans cette séquence de surenchère commerciale et géopolitique, le dossier du Groenland s'inscrit dans la même logique de rapport de force, illustrant une nouvelle fois la volonté de l'administration Trump d'utiliser des leviers non conventionnels pour servir ses objectifs stratégiques", analyse Thomas Giudici, Directeur de la gestion obligataire d'Auris Gestion.
"Contrairement à l'accord de Turnberry, signé fin juillet 2025, où l'Europe avait rapidement courbé l'échine et était ressortie affaiblie sur le plan international, les pays européens semblent, cette fois-ci, faire preuve d'un peu plus de résistance en répondant par des menaces de représailles, notamment via l'utilisation de leur instrument « anti-coercition » (jusqu'à 93 milliards de dollars de droits de douane sur les produits américains pourraient être décidés, en complément de restrictions sur l'accès des entreprises américaines aux marchés publics). S'il est tentant de saluer cette posture, l'expérience montre toutefois combien cette unité de façade peut rapidement se fissurer, chaque pays finissant par privilégier ses propres intérêts."
Et même le Secrétaire au Trésor, Scott Bessent, "l'adulte dans la pièce", durcit le ton.
"Ce n'est pas seulement la position du président américain qui pose problèmes, mais bien le fait que son Secrétaire au Trésor, Scott Bessent, affiche la même posture. On se souvient que lors du déclenchement de la guerre commerciale de Donald Trump l'année dernière, Scott Bessent avait contribué à faire retomber la pression par une attitude moins agressive. Il est clairement perçu, par les investisseurs, comme « l'adulte dans la pièce » au sein de l'administration américaine, Donald Trump indiquant encore récemment qu'il écoutait ses recommandations. Or son attitude hier à Davos a surpris, voire choqué, lorsqu'il a déclaré qu'il serait « très imprudent » que l'Europe prenne des mesures de rétorsion, ajoutant que tout le monde devait « prendre au mot le Président » (dans sa volonté d'acquérir le Groenland)."
Résultat concret sur le 10 ans américain, qui remonte à proximité immédiate des 4,30%. Parallèlement la monnaie unique trouve un appui bienvenu dans des signaux positifs sur la croissance allemande. Pour rappel, le ZEW, l'indice de confiance dans la première puissance économique de la Zone Euro publié hier, a bondi de près de 15 points à 59,6, dépassant très largement des attentes déjà optimistes.
"Malgré l'annonce de nouveaux droits de douane par les États-Unis le week-end dernier, les industries tournées vers l'exportation connaissent, dans certains cas, des améliorations significatives. En particulier, les balances de la sidérurgie et de la métallurgie, ainsi que celles de la construction mécanique, ont progressé respectivement de 18,2 et 22,7 points. La balance de l'industrie automobile a augmenté de 16,5 points pour s'établir à -5,5 points. Les balances des industries chimiques et pharmaceutiques et de la construction électrique se sont également améliorées, respectivement de 12,4 et 14,0 points", a détaillé Achim Wambach, Président de l'institut éponyme.
Aline Goupil-Raguénès, d'Ostrum AM, pense que "l'année 2026 sera l'année de la reprise de la croissance en Allemagne portée par les investissements massifs dans les infrastructures et la défense. Le gouvernement a d'ailleurs annoncé, le 18 décembre, 50 Mds d'euros de dépenses militaires supplémentaires. La croissance devrait être d'au moins 1 % en 2026 après une quasi-stagnation en 2025 et deux années de récession. Pour que celle-ci se révèle durable, des réformes structurelles doivent être également adoptées."
"L'Allemagne est le pays du G7 dont le vieillissement de la population sera le plus rapide ce qui pèsera sur sa croissance potentielle et ses finances publiques. Une réforme des retraites permettrait d'en réduire l'impact financier. Le gouvernement doit également prendre des mesures pour assurer une période d'approbation courte des projets d'investissement et réduire la bureaucratie afin de favoriser une reprise de l'investissement privé qui se révèle en berne. L'approche d'élections régionales clés en septembre risque néanmoins de constituer un frein à l'adoption des réformes nécessaires pour assurer une croissance durable outre-Rhin."
A la mi-journée sur le marché des changes, l'Euro se traitait contre 1,1730$ environ.
ELEMENTS GRAPHIQUES CLES
Nous reprenons nos positions acheteuses sur la paire de devises Euro / Dollar après le franc rebond de ce début de semaine sur la moyenne mobile à 200 jours (en marron). La volatilité post-rebond est un élément essentiel venant donner du crédit au scénario haussier.
PREVISION MOYEN TERME
Au regard des facteurs graphiques clés que nous avons mentionnés, notre avis est positif à moyen terme sur la parité Euro Dollar (EURUSD).
Notre point d'entrée est à 1.1714 USD. L'objectif de cours de notre scénario haussier se situe à 1.2214 USD. Pour préserver le capital engagé, nous vous conseillons de positionner un stop de protection à 1.1589 USD.
L'espérance de rentabilité de cette stratégie Forex est de 500 pips et le risque de perte s'établit à 125 pips.
Le conseil BFM Bourse
GRAPHIQUE EN DONNEES QUOTIDIENNES
