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Euro Dollar (EUR/USD)

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Eur/usd : Pourquoi, après avoir déjà chuté de plus de 11% cette année, le dollar risque fort de poursuivre sa dégringolade face à l'euro

Aujourd'hui à 07:00
L'euro monte face au dollar

(BFM Bourse) - En souffrance depuis le début de l'année, le roi dollar a encore du champ pour baisser face à la devise de la zone euro. L'impact des droits de douane, la faiblesse du marché de l'emploi américain et les futures baisses de taux de la Fed ont de bonnes chances de mettre davantage le billet vert sous pression.

Il y a un peu plus d'un an, nombre de bureaux d'études prévoyaient un millésime 2025 rayonnant pour le dollar face aux autres devises. Certains stratégistes estimaient que le billet vert pourrait se rapprocher de la parité face à l'euro (c'est-à-dire un dollar pour un euro) et même aller au-delà.

Jusqu'à présent, il n'en a rien été. Depuis le début de l'année, l'indice DXY, qui mesure la performance du dollar face à un panier de devises internationales, chute de 9,9%(*), un mouvement prononcé sur le marché des changes. Face à l'euro, le dollar perd même 11,5% depuis le 1er janvier. Actuellement, l'euro s'échange autour de 1,17 dollar et a même dépassé les 1,18 dollar, début juillet.

Nous avons détaillé les raisons du déclin du roi dollar à plusieurs reprises. Concrètement, la politique économique de Donald Trump, en particulier celle sur les droits de douane, a provoqué une importante incertitude et une désaffection des investisseurs pour les actifs américains, comme les obligations et les actions. Les opérateurs de marchés ont en conséquence modifier leurs portefeuilles, en achetant des titres d'autres zones géographiques. Notamment dans la zone euro, où les mesures prises par certains pays pour renforcer la croissance et les dépenses militaires, l'Allemagne en tête, ont attiré les investisseurs.

Concrètement ces mouvements de marchés consistent à vendre du dollar pour acheter de l'euro (ou d'autres devises), ce qui a plombé la devise américaine.

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Menace d'indépendance du côté de la Fed

Les perspectives de croissance dégradées aux États-Unis (l'OCDE ne table que sur 1,6% cette année après 2,8% en 2024) et les pressions de l'administration Trump sur la Réserve fédérale américaine (Fed), malmenant l'indépendance de la banque centrale, ont accru les pressions sur le billet vert.

Une moindre croissance crée un environnement plus favorable à des baisses de taux directeurs, et par ricochet à une baisse de la devise du pays en question (des taux plus bas rémunèrent moins l'épargne, attirant moins de capitaux étrangers).

La remise en question de l'indépendance de la Fed est un facteur qu'il ne faut pas sous-estimer. Une banque centrale aux ordres de l'exécutif d'un pays risque de prendre des décisions liées à un agenda politique, en maintenant, par exemple, des taux "artificiellement "bas.

Une étude du FMI portant sur plusieurs dizaines de banques centrales sur la période comprise entre 2007 et 2021 montre que celles présentant un haut niveau d’indépendance ont mieux réussi à maîtriser les anticipations d’inflation de leur population, ce qui aide à contenir l’inflation à un bas niveau.

Trump veut un dollar faible

D'ailleurs, Donald Trump n'a cessé d'exiger de la Fed des baisses de taux, multipliant les quolibets envers son président, Jerome Powell. Le président américain n'a pas caché, non plus, qu'il préférait avoir un dollar plus faible pour "gagner beaucoup d'argent" en vendant des "camions" ou des "tracteurs".

Le locataire de la Maison Blanche pourrait voir son vœu exaucé, car plusieurs banques et bureaux d'études ont récemment publié des notes soulignant que le billet vert avait toutes les chances de poursuivre sa chute face aux autres devises, l'euro notamment, dans les prochains mois.

En revanche, les explications exposées par les stratégistes ne raviront probablement pas Donald Trump, qui veut à la fois des taux bas, un dollar faible mais aussi une économie vigoureuse avec de fortes créations d'emplois.

La semaine dernière, UBS a revu ses projections pour l'eurodollar, tablant sur un euro à 1,21 dollar à fin décembre, puis à 1,22 dollar fin mars 2026 et à 1,23 dollar à fin juin 2026. La banque suisse évoque des divergences monétaires et économiques pour justifier ses projections.

D'un côté, en zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) est proche d'avoir achevé son cycle de baisses des taux directeurs, et les mesures de relance des gouvernements, notamment l'Allemagne, commenceront à infuser dans l'économie dans les prochains trimestres. Ce qui permettra au Vieux continent de réduire l'écart de croissance avec les États-Unis.

"L'euro continue de bénéficier d'une croissance plus forte, d'un assouplissement monétaire moins marqué à venir et de son rôle d'alternative par défaut pour les investisseurs mondiaux cherchant à diversifier leurs placements hors du dollar. De plus, les récents accords commerciaux ont réduit l'incertitude pour les entreprises européennes", expose-t-elle. Les États-Unis et l'Union européenne se sont entendus fin juillet sur un accord commercial qui ramène les droits de douane américains sur la majorité des bien importés de l'Europe à 15%.

De l'autre côté, les États-Unis ont livré des données d'activité économique décevantes, en particulier au niveau des créations de postes. Rappelons que le plein emploi constitue l'un des deux objectifs du mandat de la Fed, aux côtés de la stabilité des prix.

La dernière ligne de défense du dollar "capitule"

En conséquence, UBS s'attend, comme l'ensemble du marché, à ce que la Fed réduise ses taux dès sa réunion de septembre, avant ensuite de les baisser à chacune de ses autres réunions de 2025.

"La faible croissance américaine et la reprise des baisses de taux de la Fed devraient continuer d'exercer une pression à la baisse sur le dollar au cours des prochains trimestres", résume UBS. "Avec l'atténuation des tensions commerciales et le recentrage sur la politique intérieure en vue des élections de mi-mandat de 2026, le dollar devrait se stabiliser mi-2026", prédit-elle toutefois.

Il y a un peu plus d'une semaine, ING a tenu un constat similaire, la banque néerlandaise voyant l'euro atteindre 1,20 dollar à la fin de l'année 2025. Toutefois l'établissement pense, lui, que la hausse de la devise de la zone euro face au billet vert se poursuivra encore assez longtemps, puisqu'elle anticipe un eurodollar à 1,22 à fin 2026 puis 1,25 fin 2027.

ING explique que la dernière "ligne de défense" du billet vert était la vigueur du marché de l'emploi. Mais ce facteur a "commencé à capituler" avec le dernier rapport sur l'emploi. Ultra-décevant, ce document contenait surtout d'importantes révisions à la baisse (258.000) sur les créations de postes des mois de mai et juin.

"La détérioration du marché du travail est notable, la confiance des consommateurs étant encore plus faible que ne le suggèrent les données officielles", pointe la banque néerlandaise. Pour cette raison, ING considère que la Fed baissera ses taux de 25 points de base (0,25 point de pourcentage) en septembre, octobre et décembre, avec 50 points de base supplémentaires en 2026.

De l'autre côté, la banque estime que les investisseurs ont encore de l'appétit pour les actifs de la zone euro.

"Il semble que les investisseurs internationaux soient toujours intéressés par le thème de la rotation des actifs, et la zone euro reste recherchée. Les données de la balance des paiements de la Banque centrale européenne montrent un intérêt soutenu et continu pour les produits de dette et d'actions de la zone euro en mai et juin, les étrangers ayant acheté pour un total de 236 milliards d'euros d'actifs de la zone euro au cours de cette période de deux mois", souligne-t-elle.

Vers un retour en force de l'Allemagne

ING entrevoit également un retour à une croissance relativement élevée en Allemagne, ce qui constituerait un puissant moteur pour l'euro face au dollar.

"D'ici 2026, notre point de vue de base est qu'une expansion allemande axée sur des mesures budgétaires vers des taux de croissance de 2% sera une source de gains continus pour l'eurodollar tout au long de l'année. Une croissance de 2% en Allemagne vaut bien plus qu'une croissance de 2% aux États-Unis en termes d'impact pour l'eurodollar", explique-t-elle. Ce qui l'amène même à tabler sur une hausse des taux de la BCE au début de 2027, "bien avant" la Fed.

Même son de cloche du côté des stratégistes de Bank of America, qui conseillent aux investisseurs de viser un eurodollar à 1,20 dans les prochains mois.

"Nous restons baissiers sur le dollar et anticipons un potentiel de repli supplémentaire au second semestre", préviennent-ils. Les stratégistes de Bank of America estiment que le dernier rapport sur l'emploi mais aussi le dernier ISM Services, un indicateur d'activité du secteur privé, "ravivent les craintes de stagflation, un phénomène que nous considérons comme négatif pour le dollar".

De son côté, Deutsche Bank a publié cette semaine une note très détaillée sur les raisons expliquant pourquoi le dollar doit encore baisser.

"L'actualité macroéconomique de ces dernières semaines reste baissière pour le dollar. Les États-Unis subissent un choc négatif combiné de demande (droits de douane) et d'offre (immigration), l'indépendance de la Fed étant potentiellement compromise simultanément. L'impact de tout cela sur l'inflation est incertain", détaille l'établissement. "En revanche, il est clair que la croissance devrait être plus faible, les taux réels plus bas et, par extension, le dollar également", assène-t-elle.

Les droits de douane vont monter en puissance

La banque s'étonne d'ailleurs que les récentes actualités illustrant les pressions de l'exécutif américain sur la Fed (avec notamment la volonté de Trump de limoger la gouverneure Lisa Cook) n'inquiètent pas davantage le marché.

"Nous ne trouvons aucun argument convaincant pour expliquer pourquoi le marché ne devrait pas intégrer davantage ce risque dans ses prix", expose-t-elle.

Concernant la croissance, "le choc d'offre" sur l'emploi provoqué par les politiques américaines anti-immigration pèsera sur l'activité. De même que les droits de douane.

"Après tous les accords commerciaux conclus cet été, nous avons une vision plus claire de la zone d'impact des droits de douane américains. Cela signifie-t-il que l'impact macroéconomique et commercial est passé? Nous en doutons", avance Deutsche Bank.

Selon les données et les calculs de la banque, les douanes américaines prélèvent environ 10% par dollar d'importations à l'heure actuelle. Mais selon ses estimations, ce taux devrait davantage se situer entre 15% et 20%.

"Le faible rendement actuel des droits de douane peut, selon nous, être principalement attribué à une combinaison d'effets de transbordement –notamment pour la Chine– et à une forte concentration en début de période des importations de produits pharmaceutiques et électroniques, actuellement exemptées de droits de douane", explique l'établissement. La banque estime que ces facteurs vont progressivement s'estomper, et le taux devrait ainsi se rapprocher des 15% à 20% qu'elle évoque.

"Pour replacer cela dans un contexte budgétaire, une augmentation de 15% du taux de droit de douane réalisé sur 3.000 milliards de dollars d'importations équivaut à une taxe de 450 milliards de dollars et à un resserrement budgétaire de 1,5 points du PIB", expose Deutsche Bank. Or ce coût sera avant tout supportés par les acteurs (et les consommateurs) américains, d'où le choc sur la demande évoqué par l'établissement.

Goldman Sachs expliquait, sur ce dernier point, début août, qu'à l'heure actuelle le coût des surtaxes douanières a surtout été absorbé par les entreprises américaines, à hauteur de 64%, contre 14% pour les sociétés exportatrices et 22% pour le consommateur américain. Mais dans les prochains mois, les groupes états-uniens repasseront ces coûts, selon une note de la banque citée par Bloomberg. In fine, 67% de ces coûts seront encaissés par les ménages américains, d'après Goldman Sachs.

À noter, au passage, que le regain d'incertitude politique en France -à la suite de l'annonce d'un vote de confiance que devra surmonter le gouvernement Bayrou le 8 septembre prochain- n'a pas vraiment eu d'impact sur l'euro.

"À moins d'un changement radical du paysage politique, nous ne considérons pas que l'évolution de la situation en France constituera un moteur durable pour l'euro pendant le reste de l'année", juge Deutsche Bank.

(*) Les cours ont été arrêtés vendredi après la clôture européenne.

Julien Marion - ©2025 BFM Bourse
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