(BFM Bourse) - La monnaie unique européenne est tombée à un plus bas de mai 2025 face au billet vert, affaiblie par l'incertitude politique en Espagne venant s'ajouter aux inquiétudes budgétaires en Europe, notamment en France.
L'euro est tombé lundi son plus bas niveau depuis près d'un an et demi face au dollar, l'incertitude politique en Espagne venant s'ajouter aux inquiétudes budgétaires en Europe, notamment en France.
Peu après avoir atteint un plus bas depuis mai 2025 face au billet vert à 1,1161 dollar pour un euro, la monnaie unique européenne recule actuellement de 0,6 % à 1,188 dollar.
Une crise politique en Espagne
Ce nouveau repli intervient après quatre semaines consécutives de baisse, l'euro étant notamment plombé par la situation politique en Espagne. Trois jours après le rejet des mesures de son gouvernement pour sortir de la crise du logement, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé lundi la convocation d'élections législatives anticipées le 29 novembre.
Le paquet de mesures rejeté s'inscrit en pleine vague de protestations déclenchées après l'expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans contrainte de quitter l'appartement où elle vivait depuis sept décennies, après son acquisition par une société d'investissement qui entendait augmenter son loyer de 275%.
La pression sur la France continue de monter
La monnaie unique pâtit surtout des craintes autour du niveau d'endettement de la France et de la perspective d'une impasse politique à l'approche de l'élection présidentielle prévue en avril et mai 2027.
"La France était déjà sous pression en raison de questions sur sa crédibilité budgétaire et sa stabilité politique. L'Espagne ajoute désormais une couche supplémentaire d'incertitude", indique Patrick Munnelly, analyste chez Tickmill, cité par l'AFP.
En parallèle, la semaine dernière, le taux d'emprunt français s'est envolé au plus haut depuis 2002, le jour de la présentation du projet de budget 2027 du gouvernement présentant une série de mesures d'économies, notamment sur les retraites.
Ce plan n'a pas suffi à calmer les inquiétudes des marchés, qui doutent de la capacité du pays à adopter un budget, alors que la situation politique est bloquée et que la France affiche un déficit et une dette par rapport au produit intérieur brut (PIB) parmi les plus élevés en Europe.
Cité par Reuters, Brent Donnelly, président des opérations de change chez Spectra Markets, une société d'analyse financière, a déclaré que la spéculation sur la situation politique française, dont beaucoup s'attendaient à ce qu'elle s'intensifie cet hiver à l'approche de la présidentielle, était désormais une réalité.
"On ne voit pas très bien ce qui pourrait redresser la situation, car les promesses budgétaires faites aujourd'hui par le gouvernement français ne sont pas très crédibles, compte tenu du changement de pouvoir imminent", a-t-il poursuivi.
"La situation n'est pas encore systémique, mais elle suffit à peser sur l'euro et à maintenir la prudence des investisseurs" vis-à-vis des obligations souveraines européennes, ajoute pour sa part Patrick Munnelly.
Une réponse de la BCE?
Les tensions sur le marché obligataire et la faiblesse de l'euro ont ravivé les craintes que les difficultés de la France ne se propagent à l'ensemble de la zone euro, rappelant la crise de la dette souveraine dans le bloc de 2010. Pour certains, cela pourrait pousser la Banque centrale européenne (BCE) à intervenir pour soutenir la dette française.
"La BCE a une tâche difficile : tenir un discours ferme pour contenir l'inflation, tout en étant attendue au tournant pour intervenir" si besoin en soutenant les états "si la vente massive sur la dette française devait devenir incontrôlable", note Chris Turner, analyste chez ING.
D'autres analystes estiment toutefois qu'il est prématuré d'annoncer un risque croissant d'effet de contagion. Ninghui Liu, responsable de la stratégie d'investissement et d'études pour la région Asie-Pacifique chez State Street Investment Management, a déclaré que la situation budgétaire de la France devenait de plus en plus instable, mais a souligné que le marché n'avait commencé à réagir que depuis la semaine dernière.
"Pour l'instant, je pense qu'il s'agit davantage d'un problème propre à la France que d'une crise de l'euro", a-t-il dit. Si les tensions sur l'euro venaient à s'aggraver, les autres membres du bloc monétaire ne resteraient pas les bras croisés, a toutefois prévenu Ninghui Liu.
"L'Allemagne interviendra sans aucun doute, car c'est elle qui tient à s'assurer que l'Union européenne puisse encore tenir debout."
Mercredi est aussi attendu le compte-rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale (Fed) de mi-septembre, qui devrait éclairer sur les intentions des responsables monétaires.
Au vu des derniers chiffres décevants sur l'emploi américain, les cambistes s'attendent à ce que la Fed marque une pause dans son resserrement en octobre.
(Avec agences)
