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La chute sans fin de la livre turque

dimanche 28 novembre 2021 à 07h00
La livre turque poursuit son effondrement

(BFM Bourse) - La devise turque, la lira, s'est encore effondrée cette semaine, conséquence de la politique monétaire poursuivie par le président Recep Tayyip Erdogan, qui défend la baisse des taux d'intérêt malgré l'inflation galopante et l'hostilité des marchés. Les experts craignent que cette chute se poursuive.

De record en record, mais dans le mauvais sens. La livre (ou lire) turque ne cesse d'enfoncer de nouveaux planchers historiques. En quelques heures mardi, la devise a perdu jusqu'à 15% de sa valeur face au dollar "pour atteindre un nouveau record de faiblesse à plus de 13 livres pour un dollar américain" relève Matthew Ryan, analyste chez Ebury. "La TRY (code officiel de la livre turque, NDLR) était déjà la devise la moins performante du monde avant le mouvement de mardi, et avait chuté pendant dix jours de bourse consécutifs en raison des inquiétudes entourant l'approche peu orthodoxe de la politique monétaire du pays" ajoute-t-il.

À rebours des théories économiques classiques, le président turc Recep Tayyip Erdogan estime que les taux d'intérêt élevés favorisent l'inflation. Conformément à son souhait, la Banque centrale turque -qui n'a d'indépendante que le statut officiel- a ainsi abaissé son taux directeur la semaine dernière (de 16 à 15%) pour la troisième fois en moins de deux mois, et nettement sous le niveau d'inflation, qui frôle les 20% sur un an.

Le président turc a pour rappel limogé trois gouverneurs de la Banque centrale depuis juillet 2019, mais il balaie cependant toute responsabilité dans la chute de la livre. "Je rejette les politiques qui condamneront notre peuple au chômage, à la faim et à la pauvreté", a-t-il déclaré lundi pour justifier sa politique de croissance à tout prix.

"Il a maintenu son point de vue selon lequel de nouvelles réductions des taux d'intérêt étaient nécessaires, qualifiant sa politique de "guerre d'indépendance économique" (...) Des commentaires qui ont exacerbé les inquiétudes" des marchés, juge Matthew Ryan.

"Cette situation est particulièrement inquiétante pour la livre, surtout à un moment où la plupart des autres banques centrales relèvent déjà leurs taux ou indiquent la nécessité d'un resserrement" poursuit-il. Malgré une modeste reprise de la devise depuis le creux de mardi (à environ 12,4 livres contre dollar vendredi, ce qui représente tout de même une chute proche de 40% depuis le 1er janvier), la perspective de nouvelles baisses de taux suggère que "des pertes supplémentaires pourraient bien être à l'ordre du jour" prévient-il.

Parmi les premières conséquences possibles, la situation des banques suscite des inquiétudes. "Le risque est que la livre souffre de nouvelles chutes brutales et provoque des problèmes dans le secteur bancaire. Un resserrement du crédit pourrait s'ensuivre, et cela pèsera lourdement sur l'activité économique", anticipe Jason Tuvey, analyste de Capital Economics.

"Une menace majeure réside également dans les dépôts en devises. Le signe d'une hausse des demandes de retrait pourrait provoquer une embardée vers des formes plus agressives de contrôle des capitaux", ajoute l'économiste, spécialiste des marchés émergents. Plus de la moitié des dépôts dans les banques turques sont en devises étrangères, principalement en dollars.

La chute de la livre nourrit par ailleurs directement de l'inflation, la Turquie étant très dépendante des importations pour l'énergie et les matières premières - on parle ici d'inflation importée. La hausse des prix à la consommation a ainsi atteint 19,89% en octobre sur un an, un taux quatre fois supérieur à l'objectif initial du gouvernement.

Certains experts estiment pour leur part que le président turc cherche à renforcer l'attractivité de la Turquie et à encourager les entreprises étrangères à venir produire dans le pays du fait du faible coût du travail. Le salaire minimum mensuel net en Turquie (2.825,90 livres) équivalait au 1er janvier à environ 380 dollars - mais seulement 222 dollars mercredi. "Jusqu'à récemment, les 'objectifs 2023' de l'équipe Erdogan incluaient de devenir une puissance post-industrielle et un leader de la haute technologie. Maintenant, il s'agit de faire de la Turquie une source de main-d'œuvre ultra-bon marché", a commenté sur Twitter Timur Kuran, économiste américain lui-même d'origine turque, aujourd'hui professeur d'Economie à l'université Duke (Etats-Unis).

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
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