ELEMENTS GRAPHIQUES CLES
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L’euro reste sous pression face au dollar américain, évoluant autour de 1,1135 dollar ce jeudi matin, à proximité de ses plus bas annuels. La monnaie européenne a perdu environ 5 % depuis le début de l’année, pénalisée par les incertitudes économiques et budgétaires en zone euro, mais également par une politique monétaire américaine qui demeure restrictive. Les investisseurs attendent désormais les annonces de la Banque centrale européenne (BCE), au lendemain de la décision de la Réserve fédérale américaine (FED).
Hier soir, la Fed a maintenu ses taux directeurs dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %, conformément aux attentes. La banque centrale américaine a souligné la bonne résistance de l’économie, dont l’activité continue de progresser à un rythme soutenu, malgré des taux d’intérêt élevés. Le marché du travail reste relativement solide, tandis que l’inflation demeure supérieure à l’objectif de 2 %, justifiant le maintien d’une politique monétaire prudente.
Le discours de son président, Kevin Warsh, a néanmoins été perçu comme légèrement moins restrictif qu’anticipé. Celui-ci a notamment estimé que la hausse des taux intervenue en septembre avait déjà produit des effets importants sur les conditions financières. Les investisseurs en ont déduit que la Fed pourrait approcher de la fin de son cycle de resserrement monétaire, même si une nouvelle hausse des taux reste largement anticipée lors de la réunion de décembre.
Cette inflexion du discours a provoqué un léger repli du dollar et des rendements obligataires américains à court terme. Le taux des emprunts d’État américains à deux ans est notamment redescendu vers 4,67 %, tandis que la probabilité d’une hausse des taux en décembre est passée d’environ 84 % à 78 % selon l’outil FedWatch du CME. Le billet vert conserve néanmoins une certaine solidité, soutenu par la résistance de l’économie américaine et des rendements obligataires toujours élevés.
En Europe, la situation apparaît plus délicate. La BCE devrait maintenir son taux de dépôt à 2,5 % ce jeudi, mais les investisseurs surveilleront surtout les déclarations de Christine Lagarde concernant l’évolution de l’inflation et les perspectives de politique monétaire. La remontée des prix de l’énergie, dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, fait craindre de nouvelles pressions inflationnistes. Les marchés anticipent ainsi un peu plus de deux hausses de taux d’ici septembre prochain.
Toutefois, la BCE doit composer avec une croissance économique fragile et une remontée importante des coûts de financement. En effet, lorsque les rendements obligataires augmentent, les entreprises, les ménages et les États doivent emprunter à des conditions moins favorables, ce qui risque de ralentir l’investissement et la consommation. Cette évolution pourrait donc produire une partie des effets recherchés par une hausse des taux directeurs, sans intervention supplémentaire de la banque centrale.
La France constitue également un point de vigilance majeur. Les inquiétudes concernant la trajectoire des finances publiques et la capacité du pays à maîtriser son endettement ont entraîné une forte remontée des rendements des obligations françaises. Cette situation alimente les craintes d'une propagation des tensions à d’autres pays de la zone euro, fragilisant davantage la monnaie unique.
L’écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à dix ans atteint désormais environ 157 points de base, illustrant la prime de risque supplémentaire exigée par les investisseurs pour financer la dette française. La BCE devra donc trouver un équilibre entre la nécessité de contenir l’inflation et celle d’éviter un durcissement excessif des conditions financières dans une économie européenne déjà fragilisée.
Ces incertitudes se reflètent directement sur le marché des changes. Les investisseurs spéculatifs ont accumulé leurs positions vendeuses sur l’euro à un niveau inédit depuis dix ans. Autrement dit, une part importante des opérateurs parie actuellement sur une poursuite de la dépréciation de la monnaie européenne face au dollar. Ce positionnement témoigne d’un sentiment particulièrement négatif, même s’il pourrait également amplifier un éventuel rebond si les investisseurs étaient contraints de racheter leurs positions.
La séance de ce jeudi sera également importante sur le plan macroéconomique. À 11h00, les investisseurs prendront connaissance des indicateurs de confiance économique en zone euro. Aux États-Unis, plusieurs statistiques majeures seront publiées simultanément à 13h30, notamment la première estimation du PIB du troisième trimestre, les revenus et dépenses des ménages, les inscriptions hebdomadaires au chômage ainsi que l’indice des prix PCE de septembre, indicateur d’inflation particulièrement surveillé par la Fed.
Le PIB américain est attendu en progression de 3,2 % en rythme annualisé, tandis que l’inflation PCE devrait ressortir à 3,6 % sur un an, contre 3,1 % pour sa composante sous-jacente, qui exclut les prix de l’énergie et de l’alimentation. Ces chiffres permettront de déterminer si la résistance de l’économie américaine s’accompagne toujours de tensions inflationnistes importantes. La décision de la BCE suivra à 14h15, avant la conférence de presse de Christine Lagarde à 14h45.
Sur le plan technique, l’euro évolue désormais au contact de ses plus bas annuels face au dollar. La tentative de rebond observée lors de la dernière séance reste particulièrement timide, comme en témoigne la formation d’un chandelier de faible amplitude, insuffisant à ce stade pour traduire un véritable retour des acheteurs. Les moyennes mobiles conservent une orientation baissière, tandis que l’ouverture des bandes de Bollinger confirme la persistance d’une dynamique défavorable à la monnaie européenne.
Cette configuration traduit une pression vendeuse toujours présente, avec peu d’éléments techniques susceptibles, pour le moment, d’enrayer durablement le mouvement. Dans ces conditions, une rupture confirmée des derniers plus bas renforcerait le scénario d’une poursuite de la dépréciation de l’euro, avec une prochaine cible baissière située autour de 1,10 dollar. Seule une réaction acheteuse plus marquée, accompagnée d’une amélioration des indicateurs techniques, permettrait d’envisager les premières perspectives de stabilisation.
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